À l’heure de la fast-fashion, 100 milliards de vêtements sortent des ateliers chaque année et sont rapidement jetés. En 2019, la durée de vie d’un t-shirt est de 35 jours en moyenne. Pourtant, il est plutôt facile d’empêcher la destruction de ces vêtements, parfois en très bon état. Mais tous les types de tissus peuvent-ils être recyclés ? Les fibres dites naturelles sont-elles plus recyclables que celles issues du pétrole ?

Selon ReFashion, seul un tiers des vêtements usagés serait recyclé. Le recyclage permet d'économiser les ressources de la planète et, parfois, de gagner du temps. À titre d'exemple, recycler un t-shirt en coton requiert 50 fois moins d'eau que sa culture. Il ne nécessite pas non plus l'utilisation de pesticides. Qui dit recyclage dit aussi pas d'incinération ou d'enfouissement donc moins d'émissions de substances toxiques contenues dans nos vêtements. Actuellement, les rythmes de production sont tels que les filières de recyclage ont des difficultés à suivre le mouvement et à s'adapter.

Matériaux à base de végétaux

L'une des fibres naturelles les plus utilisées dans le textile est le coton. Et pour cause, c'est une matière absorbante (ce qui la rend plus longue à sécher) et résistante aux frottements. Bien qu'il soit facile à froisser, il reste facile d'entretien. Il est majoritairement originaire d'Inde, de Chine ou des États-Unis. La plante est fragile et gourmande en eau : pour un kilo de coton, il faut plus de 10 000 litres d'eau et un quart des pesticides au monde est utilisé pour sa culture. D'où l'intérêt de le recycler grâce à une méthode dite mécanique.

Pour cela, on collecte des produits finis, on les broie, effiloche ou défibre pour les retransformer en fibres qui sont filées et tissées afin de fabriquer un nouveau tissu dans lequel sera découpé un vêtement. Les vêtements teints ou composés de plusieurs matières sont triés par couleur ou composition avant d'être broyés. Il est possible de recommencer plusieurs fois et même lorsque les fibres ne peuvent plus être filées, elles peuvent toujours servir d'isolant.

Le lin est une plante beaucoup moins fragile que le coton et souvent cultivée dans le Nord de la France, plus particulièrement en Normandie et en Belgique. La France est le premier pays producteur de lin à hauteur de 75% de la production mondiale. En plus de pousser à côté de chez nous, ses fibres sont résistantes, absorbantes et thermorégulatrices.

Le chanvre ressemble au lin : résistance, absorption, hypoallergénique, recyclable plusieurs fois et économe en eau et en pesticides. Avant le 20e siècle, les procédés de récupération des fibres rendait le tissu rêche et peu agréable à porter. Mais depuis les années 80, de nouveaux procédés rendent les fibres plus douces et malléables pour le tissage. Depuis plusieurs années, la France est le premier producteur européen de chanvre.

Deuxième fibre naturelle la plus récoltée dans le monde, le jute est majoritairement produit en Inde et au Bangladesh. Il est très souvent utilisé dans la fabrication de sacs et des tapis, mais son potentiel est encore à exploiter. Contrairement au chanvre et au lin, il demande beaucoup d'eau pour pousser.

Les fibres de noix de coco sont trop rugueuses et rigides pour confectionner des vêtements. L'Inde et le Sri Lanka sont les principaux producteurs de ces fibres. Cependant, il existe la fibre Cocona™. Issue de la fusion de fibres de coco et de polyester, elle n'est pas entièrement naturelle donc ni biodégradable ni recyclable.

Toutes ces fibres végétales sont biodégradables, recyclables et compostables si elles n'ont pas subi de traitements chimiques (blanchissement, teinture). Elle suivent le même procédé de recyclage mécanique que le coton : triage, broyage ou effilochage ou défibrage, filage et tissage.

Matériaux d’origine animale

Le recyclage du cuir n'est pas une mince affaire. Recyc Leather a tout de même trouvé un moyen. Il s'agit de lier des chutes de cuir broyées à du latex naturel. Le résultat est pratiquement similaire à du cuir véritable. L'industrie du cuir est une des industries les plus polluantes au monde (élevage, tannage, teinture), il est donc primordial pour la planète de le recycler.

Comme pour les fibres végétales, le recyclage des laines de mouton, d'alpaga et de chèvre est mécanique et consomme moins d'eau et de substances chimiques que de repartir d'un animal qu'il faut nourrir et entretenir pendant plusieurs années pour obtenir la matière première.

La laine de mouton est une fibre relativement polluante à produire, bien qu'elle soit recyclable et biodégradable. Les premiers producteurs de cette laine au monde sont la Chine, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

La fibre d'alpaga est plus légère, plus résistante et plus douce que la laine de mouton. Elle est aussi inodore et hypoallergénique. De plus, l'élevage de cet animal est considéré comme éco-responsable : il émet peu de gaz à effet de serre, il ne détruit pas les racines des plantes qu'il mange et n'abime pas les sols avec ses coussinets. Son pays d'origine, le Pérou, est un des rares à compter toutes les étapes de fabrication de l’élevage au vêtement et produit plus de 80% de la fibre au niveau mondial.

À l'origine, le cachemire est obtenu à partir de chèvres de la région de Kashmir au pied de l'Himalaya. La Mongolie produit aujourd'hui 65% du cachemire mondial. La marque Absolut Cashmere propose de récupérer vos vêtements uniquement composés de cachemire en échange d'un bon d'achat. Elle recycle la fibre pour confectionner un autre vêtement qui sera vendu.

Matériaux artificiels et synthétiques

La viscose est issue de la cellulose du bois par plusieurs procédés chimiques et physiques. Elle est considérée comme une soie artificielle en raison de la ressemblance des tissus. C'est une matière résistante qui garde bien les couleurs, mais elle retient mal la chaleur et n'est pas très respirante. Il faut beaucoup d'eau et de bois pour la fabriquer, en plus d'avoir recours à des traitements chimiques toxiques pour l'Homme et l'environnement. Il semblerait qu'il n'existe pas encore de procédés pour la recycler.

Pour réduire l'impact environnemental de la viscose, il est possible de se fournir auprès de forêts gérées durablement, filtrer et réutiliser les substances chimiques utilisées dans le traitement de la fibre ou utiliser des solvants alternatifs. Toutes ces pratiques sont mises en place dans la fabrication de la fibre Lyocell extraite de l'eucalyptus. Contrairement à la viscose de bambou, elle est biodégradable.

Le nylon se trouve principalement dans les filets de pêche qu'on nous présente comme polluant les océans. Il se retrouve également dans nos vêtements sous l'appellation de sa famille : le polyamide. Ce polymère est recyclable quasiment à l'infini sans perte de qualité grâce à des processus de dépolymérisation et de repolymérisation chimiques. Nous pouvons citer comme exemple le fil Éconyl mis au point par l'entreprise italienne Aquafil. Les polyamides ne sont pas biodégradables à cause de leur origine pétrolière.

Près de la moitié des vêtements dans le monde sont composés de polyester. Ce matériau est issu du pétrole, il devient donc important de pouvoir le recycler. La plupart du temps, des bouteilles en plastique sont fondues pour fabriquer le fil composant les vêtements. Mais cette matière doit souvent être couplée à une autre comme du coton ce qui rend le produit fini quasiment impossible à recycler. Ce polymère peut être recyclé mécaniquement ou chimiquement. La méthode mécanique peut faire diminuer la résistance de la fibre qui doit être mêlée à une fibre dite vierge. Qu'il soit vierge ou recyclé, le polyester relâche tout de même des microplastiques à chaque lavage.

L'élasthanne est un matériau élastique, résistant et léger majoritairement produit en Asie du Sud-Est. Comme toutes les matières issues du pétrole, il relâche des microparticules de plastique à chaque lavage qui ne sont pas filtrées par les stations d'épuration. Cette fibre n'est recyclable que par des procédés chimiques lorsqu'elle n'est pas tissée avec des matières différentes.

L'acrylique est qualifiée de laine synthétique. Elle est ajouté aux vêtements pour les rendre plus doux et presque infroissables. C'est une matière très bon marché comme la majorité des fibres synthétiques dérivées du pétrole. Le majeur problème est que les résidus des traitements apportés au textile provoquent des réactions allergiques. Lorsqu'il est incinéré, il relâche des composés toxiques pour l'Homme et la nature. Il devient presque urgent de développer une filière de recyclage pour l'acrylique.

Les grandes marques font aussi des efforts comme récupérer nos habits pour les recycler ou vendre des produits composés essentiellement de déchets marins ou de chutes de tissu. Une grande partie des textiles sont composés de plusieurs matières et éléments comme des boutons, des scratchs ou des fermetures éclair, ce qui nécessite de la main d’œuvre et du temps avant de pouvoir réutiliser la matière. Plusieurs entreprises spécialisées dans le recyclage de chaussettes ou de vêtements professionnels voient le jour (La Cravate Solidaire, Les Chaussettes Orphelines...)

En Slovénie, des chercheurs ont construit une usine pilote pour trouver un moyen de transformer les déchets textiles afin de les réutiliser sous une autre forme (plastiques, résines, carburants). À Tourcoing, le CETI (Centre Européen des textiles innovants) à inauguré en 2019 une ligne de recyclage du coton mêlant 70% de fil recyclé et 30% de fil vierge. À terme, le directeur général espère atteindre 80 à 90% de matières recyclées. Il prévoit également d'ouvrir la ligne au recyclage du polyester, deuxième matière la plus présente dans les textiles.

À notre échelle, il est possible de déposer nos vêtements même troués auprès d'associations comme Emmaüs ou la Croix Rouge qui offrent du travail aux personnes dans le besoin. In fine, quand les fibres sont devenues trop courtes ou de mauvaise qualité pour refaire un vêtement, elles peuvent être transformées en isolants, tapis ou rembourrage, bien que leur impact environnemental ne s'arrête pas là. Quand on sait que 70% de notre garde-robe n'est plus portée, autant donner une deuxième vie à nos vêtements tout en faisant un geste pour la planète.

Le recyclage est une industrie en plein développement. De nombreuses avancées restent encore à faire pour réduire l'impact de la mode sur la planète.

Rédaction : Eugény MICHAUD


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Sources :

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