Faut-il se détourner du commerce en ligne ? Ou est-ce le futur de nos achats ?

Plus de 36 millions de Français font leurs achats sur Internet et la tendance est fortement à la hausse, toutes tranches d'âge confondues. Le secteur de l'habillement représente près de 60% des achats en ligne. Avec la crise sanitaire, la vente en ligne est passée de 10 à 20% des ventes du marché de l'habillement.

Impact environnemental

Le numérique, c'est plus facile, mais pas vraiment écologique. Les grands acteurs du e-commerce en prennent conscience et commencent à développer des initiatives pour compenser leur empreinte carbone. Amazon a pour objectif la neutralité carbone en 2040 avec 100 000 camionnettes électriques, l'utilisation de 100% d'énergies renouvelables à partir de 2030 ou encore un investissement de 100 millions de dollars pour protéger et restaurer les forêts.

En plus de l'approvisionnement, le e-commerce doit aussi effectuer "le dernier kilomètre". Il s'agit de la livraison à domicile ou en point relais qui demande du transport, responsable de 25% des émissions de CO2 en ville. Cependant, l'achat d'un vêtement en magasin produit, en moyenne, trois fois plus de CO2 que l'achat en ligne en raison de l'utilisation de plusieurs véhicules (souvent des voitures) par les clients et des conditions de circulation. Concernant la livraison, les transporteurs se mettent progressivement au vert avec des véhicules électriques ou à l'hydrogène. Pour éviter les axes routiers, certaines entreprises mettent en place des livraisons rapides par drones. Quant aux retours gratuits, ils peuvent coûter cher à la planète : un quart des commandes en ligne est retourné. C'est une commande sur trois pour la mode.

Une nouvelle pratique des sites de e-commerce consiste à présenter et faire tester des produits dans une salle d'exposition, puis le client passe commande en ligne. C'est ce qu'on appelle le showrooming. C'est assez néfaste pour l'environnement car cela combine le déplacement vers un lieu et l'expédition à domicile.

Au final, les magasins ne sont pas beaucoup plus eco-friendly que le e-commerce (ce serait même plutôt l'inverse) si on considère l'éclairage, les enseignes lumineuses, le chauffage, les surfaces liées au stockage et l'approvisionnement. De plus, les clients doivent se déplacer avec leur voiture, mais ils peuvent se laisser convaincre plus facilement par les arguments des vendeurs ou être influencés par les autres clients.

Impact social

Les entrepôts et magasins permettent le maintien d'emplois locaux par leur construction, leur entretien et leur fonctionnement. Mais d'après un rapport de France Stratégie sur le commerce en ligne, ce dernier a détruit beaucoup d'emplois dans le secteur de l'habillement et des jouets, bien qu'il en ait créé dans la logistique et le transport (emballages et livraisons). L'automatisation des entrepôts fait craindre davantage de suppression de postes dans les années à venir, même si elle en créera quelques-uns dans l'électronique, la maintenance et l'informatique.

Le numérique a permis aux consommateurs d'acquérir de nouveaux pouvoirs : donner leur avis, comparer les prix et les produits. Le e-commerce leur permet de ne pas perdre de temps sur la route ou en caisse, d'acheter plus spontanément en raison de suggestions omniprésentes et de prix bas. Chez les détaillants, l'immédiateté des achats et retours est certainement le point qui fait la différence, mais les articles sont souvent plus cher que sur le net (frais de livraison non inclus).

La boutique physique doit respecter un certain temps de travail hebdomadaire et un jour de repos, contrairement aux sites qui peuvent fonctionner 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Les commerces en ligne manquent tout de même de relations humaines. Ils utilisent des mails automatiques ou une intelligence artificielle pour échanger avec les clients sur leur avis et leur expérience.

Sur le plan social, les boutiques ont l'avantage d'humaniser et de concrétiser le processus d'achat. Les droits des employés ne sont pas différents contrairement à leurs tâches et profils. Il y a bien sûr des réglementations spécifiques aux commerces, mais aussi aux boutiques en ligne.

Pourquoi ne pas concilier les deux ?

Si 4,5% des sites génèrent 84% du chiffre d'affaires en ligne, il faut savoir que les 95% restants font moins d'un million de chiffre d'affaires. Les grands groupes comme les petits commerçants ont su développer une complémentarité entre la boutique et le site de e-commerce. Les commerces physiques rejoignent de plus en plus des places de marché virtuelles (marketplace) comme Amazon, qui mettent ainsi leur notoriété au service des plus petits. Bien sûr, le commerçant doit payer un abonnement pour en profiter et une commission peut être prélevée. Il existe des alternatives locales comme Acheteza pour sauvegarder les commerces de proximité et leur donner une visibilité sur le web. Aujourd'hui, moins d'un tiers des commerçants français aurait entrepris une transition numérique (site, newsletter, réseaux sociaux...).

Si les clients ne font pas toujours leurs achats en magasin, cela ne les empêche pas de s'y rendre pour essayer, tester ou être conseillé. De plus en plus souvent, ce sont les vendeurs qui passent commande en ligne pour les clients. D'autres sont adeptes du web to store, plus rapide et moins néfaste pour l'environnement. Il s'agit de comparer les produits sur plusieurs sites puis d'aller les acheter dans la ou les boutiques de leur choix.

Certains clients, avec moins de temps ou de moyens, préfèrent le commerce en ligne. D'autres sont plus attachés à la relation de confiance qu'ils peuvent créer avec le vendeur d'une boutique de proximité, à la matérialité des objets devant eux ou ne sont tout simplement pas à l'aise avec le numérique. Que l'achat se fasse en ligne ou en boutique, le client recherche la qualité au meilleur prix, la sécurité dans le paiement et l'obtention rapide et facile de son achat.

Sources :

JAFFRES, Ludovic. « 10 idées reçues sur l’e-commerce pour les artisans et les petits commerçants ». Journal du net. 10 janvier 2020. Consulté le 10 mai 2021.

TROUSSARD, Aurore. « Achat en magasin vs achat e-commerce. Quel impact sur l’écologie ? ». Star logistique. Consulté le 11 mai 2021.

BARBAUX, Aurélie. « Amazon neutre en carbone en 2040 ». Usine nouvelle. 29 septembre 2019.

BON-MAURY, Gilles. FOSSE, Julien. « Pour un développement durable du commerce en ligne ». strategie.gouv.fr. 11 mars 2021. Consulté le 10 mai 2021.

DUCORNET, Sophie. « Boutiques physiques vs E-Commerce : avantages et inconvénients ». ecommerce nation. 14 février 2019. Consulté le 11 mai 2021.

« Commerce en ligne : quels effets sur l’environnement et l’emploi ? ». Vie publique. 18 mars 2021. Consulté le 10 mai 2021.

DÉLÉAZ, Thibaut. « Les petits commerçants peuvent-ils vraiment rivaliser avec Amazon ? » Le Point. 17 novembre 2020.

PUGET, Yves. « Impact du e-commerce: une étude dévoile de nombreuses surprises! ». LSA Conso. 12 avril 2021. Consulté le 10 mai 2021.

AFP. « Les pratiques sociales d’Amazon dénoncées dans un rapport ». 20minutes. 21 janvier 2021. Consulté le 10 mai 2021.

« Un e-commerce plus respectueux de l’environnement ? ». Monde économique. 23 septembre 2020.

« Demain : le dernier kilomètre, une nécessaire mutualisation ». BPI France. 14 janvier 2021. Consulté le 14 mai 2021.

CHAPUIS, Dominique. « Mode : le confinement a fait basculer les derniers réfractaires au e-commerce ». Les Echos. 13 novembre 2020.