©Santiago Albert

Découvrez Forweavers, partenaire de ViJi depuis février 2021, à travers l'interview de Ali Rakib.

Ali Rakib ©Nathalie Malric
Ali Rakib ©Nathalie Malric

Qu’est-ce que Forweavers ?

Conseil en anthropologie culturelle et économique au service des entreprises souhaitant assainir leur relation au monde.

Forweavers les encourage et les guide dans leur projet de sauvegarde de leurs patrimoines immatériels, ou dans la préservation des patrimoines immatériels de l’humanité pouvant être menacés par leurs activités dans un territoire donnée.

En amont :

Forweavers est une société d’audit et de sourcing textiles, matériaux organiques et ingrédients cosmétiques, spécialisée dans l’anthropologie des acteurs des filières de production et d’approvisionnement.

En aval :

Une société de conseil en anthropologie d’entreprise, aidant à la compréhension des relations humaines internes et externes, mettant au point de stratégies de développement durable, et des créations de plans de développement dans l’atteinte des Objectifs du Développement Durable 2030 des Nations Unies.

Quel est votre rôle au sein de Forweavers ?

Je suis fondateur et président de la société.

Lorsque les sujets concernent les matériaux dans leur qualité, j’œuvre, avec l’aide de Daniela Fetzner, veilleuse matières chez Forweavers.

Lorsque les sujets concernent la traçabilité, j’œuvre, avec l’aide de Marie-Christine Skvorc, auditrice spécialisée en normes RSE.

Lorsqu’on me questionne sur des sujets plus vastes et existentiels, je fais graviter autour de moi des partenaires externes, sociologues, ethnologues, philosophes, et réalise au plus proche des besoins clients la prestation conseil, qui parfois se plonge profondément dans les réflexions d’une raison d’être d’un groupe qui, à l’orée de ses 50 ans, songe à son cheminement d’évolution.

Quels sont vos constats de l'industrie textile aujourd'hui ?

Je la vois comme un formidable terrain d’étude anthropologique. Je songe même à rédiger une thèse à son propos.

Entre les petits acteurs naissants, qui essaient d’exister dans cet océan de transactions, se souciant du moindre impact carbone de leur livreur cycliste, et les actions pharaoniques d’une marque multinationale, qui sur une simple modification de processus pourrait embellir le quotidien de milliers d’ouvriers réduits en esclavage, il y a milles mondes…

A cela s’ajoute la complexité d’une décision prise par un collectif physique et conscient de son potentiel nocif ou bienveillant (des entrepreneurs, des artisans, des salariés, etc) comparée à la complexité d’une décision prise par un collectif moral (actionnaires, holding, traders d’actions boursières, IA d’investissements…) incapables de poser le regard sur les affaires de ce bas monde…

Je paierai cher pour observer des extraterrestres qui eux-mêmes nous observeraient nous ronger les uns les autres dans le projet de poser une seconde peau (textile, cuir) sur nos peaux trop sensibles aux dérèglement climatique que ce même projet amplifie.

Quelle est votre vision de la mode responsable ?

Elle est aussi plurielle, et très riche d’enseignements anthropologiques.

Entre ce que les acteurs de cette nouvelle mode « à la mode » souhaitent faire, réussissent à faire, prétendent faire, ou promettent de faire, il y a de quoi refaire 1001 autres industries, telles que le business de l’émotion, de l’information, du green, du « naturel », du néochamanisme, et j’en passe… Chacun prêche tant bien que mal pour sa paroisse, avec la meilleure foi du monde…

Et à coté de tout cela, des populations vulnérables sont toujours et encore dans la pénibilité de ce que nos actes d’achat alimentent.

En résumé, je pense que :

  1. Tant que l’écosystème de la mode responsable se renouvellera en vase-clos, avec de nouveaux acteurs plus jeunes et pleins de bonne volonté, répétant ainsi des tentatives d’actions déjà testées sans succès dans le passé, et se feront eux-mêmes remplacer par de plus jeunes, la lutte pour corriger les déviances continuera à couter cher aux bonnes volontés.
  2. Tant qu’il n’y aura pas une décision politique forte et ferme, qui mettra en place un enseignement scolaire dès le plus jeune âge, sur la symbolique de l’acquisition d’un vêtement, et tant que la demande alimentera l’offre, proposant des tshirts moins chers qu’un sandwich, les gisements de productions ne feront que déménager ; de la France à la Roumanie, de la Chine au Cambodge, du Vietnam au Bangladesh, en passant par le Sri-Lanka, l’Ethiopie, etc…

Sans résolution de ces deux points, la mode responsable ne pourra pas l’être, car étymologiquement, responsable signifie « capable de réponse »… Et nous n’en avons pour le moment, de réponse… En fait  je ne vois pas comment nous pourrions convaincre 60 millions de consommateurs d’acheter responsable, quand la plupart se trouve en difficulté bancaire à chaque fin de mois, surtout les 28 derniers jours (Coluche).

tissu

Quels outils Forweavers met en place pour apporter des solutions ?

Forweavers apporte de l’information vérifiable pour ses clients qui créent du vêtement.

Que ce soit par la vente de nos matières ou par l’audit des fournisseurs de nos clients, nous apportons de la donnée exploitable sur des sujets humains, que les outils administratifs et numériques ne peuvent pas traiter.

Au-delà des chiffres, nous posons un regard anthropologique sur les communautés de fabricants, car tout ne peut pas se résumer à des chiffres et des équations.

Au service des marques et groupes d’entreprises, nous donnons des formations aux Dirigeants, Directeurs Artistiques, Acheteurs, Négociants, Sourceurs, et autres Décideurs de la chaine de valeur d’un produit ou d’un service.

Nous sommes aussi régulièrement appelés par de grandes marques de luxe pour réfléchir au futur de la création et de l’industrie, ou pour élaborer des stratégies pour atteindre ces objectifs.

Par ailleurs, chaque année, nous intervenons auprès d’une quinzaine d’écoles de mode, de technique textile, écoles d’art, écoles de commerce, donnant des cours, des conférences, pour ainsi sensibiliser et former les futurs acteurs du marché à être immédiatement impactants.

Cette jeune génération est une réelle bouffée d’optimisme sur l’avenir de la mode et du monde.

A chaque rencontre avec mes étudiants, je me dis qu’un jour la mode responsable s’appellera « la mode », et qu’il ne sera plus nécessaire de préciser sa respectabilité, car cela deviendra une évidence d’autant plus classique que de nos jours, les hôtels ne se targuent plus de proposer le wifi dans leurs chambres, c’est devenu une normalité.

Quel est la perception de Forweavers par rapport à ViJi ?

ViJi apporte de la data, et Forweavers apprécie vraiment cela.

Pour passer la moitié de l’année sur le terrain, en Asie, Afrique ou Amérique latine, nous voyons la réalité telle qu’elle est, aux antipodes de ce que les entreprises signent comme conventions d’engagement RSE.

C’est fou qu’il faille attendre des reportages TV (Merci à Elise Lucet au passage) pour nous apporter de la transparence sur des modes opératoires qui sont pourtant si simples à changer, pourvu que la majorité démocratique d’une entreprise (les actionnaires) acceptent de lever le nez de leur bilan comptable à la fin de l’année, et comprennent qu’un léger pourcentage de marge brute en moins changerait tellement la face de millions de fabricants et de consommateurs.

ViJi apporte en plus de cela la faculté de s’auto-auditer, par le smartphone, que chacun des maillons de la chaine possède dans sa poche. Cette prouesse technique m’a énormément rassuré, car moi-même je n’ai pas toujours accès à la totalité de la chaine de production, notamment en ce qui concerne les laines rares, car les éleveurs de yack, de cachemire ou d’alpaga par exemple, réunissent leur production dans des pots communs coopératifs avant que je ne puisse passer mes commandes.

Pourquoi Forweavers souhaite se rapprocher de ViJi ? Quel intérêt Forweavers voit à se rapprocher de l’écosystème ViJi ?

Jusqu’à présent, j’ai été très seul dans le développement de mon offre, tout d’abord car c’est un tempérament personnel, mais aussi parce qu’il me fallait poser un regard sans influence aucune sur le sujet.

Je ne suis issu ni d’école de mode, ni d’école de commerce, mais je me suis formé sur le terrain en direct avec les parties-prenantes locales. L’opinion des acheteurs européens m’intéressait moins que celle des fabricants à l’étranger.

A présent je pense avoir engrangé suffisamment d’expérience auprès des industriels et artisans répartis dans plus de 35 pays du monde pour penser pouvoir apporter de la ressource anthropologique aux marques qui souhaitent faire leur travail convenablement, et développer leur Chiffre d’Affaires sans écraser qui que ce soit à l’autre bout de la planète.

Seul, je ne ferai que créer de dangereux espoirs aux ateliers partenaires, et reproduire le schéma de promesses non tenues.

C’est par les inter-connectivités créées avec ViJi qu’il sera possible d’aider concrètement les marques et les fabricants à mieux interagir et collaborer ensemble.

C’est par le ciment des connaissances maitrisées par un groupe d’acteurs agissant sur la même longueur d’onde que j’imagine travailler sur ce lourd sujet qu’est la bienveillance dans la mode.


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