Nous sommes de plus en plus attentifs à ce que nous achetons, l'origine et l'impact sur l’environnement. Les inquiétudes et les mobilisations fleurissent face aux révélations sur les ateliers d’Asie du Sud-Est. Les produits conçus en Europe sont-ils de meilleure qualité que ceux fabriqués de l’autre côté du globe ? La relocalisation des usines rime-t-elle avec économie ?

En Asie du Sud-Est

Une large partie de la production mondiale de vêtements est réalisée en Asie du Sud-Est (Bangladesh, Inde, Cambodge, Pakistan...) dont un tiers rien qu'en Chine. Il y a de nombreux avantages pour la marque comme pour le consommateur à fabriquer les produits dans cette partie du monde. Premièrement, la main d’œuvre peut y être jusqu'à dix fois moins chère qu'en France. Deuxièmement, les lois sont moins strictes sur l'utilisation de substances dangereuses et les employés sont faciles à recruter. Au cours des dernières années, la Chine a beaucoup investi dans ses machines de production textiles pour qu'elles soient les plus modernes et les plus performantes au monde.

Les salariés ont également moins de protection concernant leur santé et leur sécurité. Souvent, les conditions de travail sont difficiles voire dangereuses. Le droit du travail est si différent de celui de la France que des enfants peuvent y être embauchés ou que les employés peuvent travailler plus de dix heures par jour. Néanmoins, face à la mobilisation des consommateurs, des associations et des marques, les  conditions de travail se sont globalement améliorées.

Pour acheminer les produits d'une usine à une autre ou en magasin, il faut prendre en compte le coût du transport, influencé par le prix du pétrole, du conteneur, du transporteur et les droits de douane. De plus, il faut le temps que le vêtement voyage. Pour le transport par bateau entre la Chine et la France, il faut environ un à deux mois, jusqu'à trois mois en cas de retard. Le transport en avion est plus rapide et tend à se démocratiser.

En Europe

Produire en France, c'est cher. Mais cela permet aux industriels de prendre moins de risques, notamment liés à l’approvisionnement. Un produit fabriqué en France peut être livré en quelques jours. Dans la tête des acheteurs, le Made in France, c'est la qualité, la fiabilité, le maintien des savoir-faire locaux et le soutien de l'économie national grâce aux emplois maintenus et créés. C'est également moins de transport donc moins de pollution, bien qu'il ne représente que 1% des émissions de gaz à effets de serre produites par l'industrie textile. Malheureusement, il est encore difficile de concilier production française et rentabilité et certaines enseignes se tournent vers une production davantage continentale. Les Français, bien que prêt à acheter local, n'ont pas toujours le pouvoir d'achat pour suivre leurs ambitions.

Produire en Europe, c'est garantir le respect des normes environnementales, sociales et sanitaires imposées et des contrôles réguliers. Depuis quelques années, les pays d'Europe de l'Est (Bulgarie, Turquie...) sont les nouveaux ateliers textiles des grandes marques en raison du coût de la main d’œuvre pas plus élevé qu'en Asie. L'Italie, l'Espagne et le Portugal sont, quant à eux, plébiscités pour la production de maroquinerie et de chaussures. Le transport, lui, se fait le plus souvent en camion et prend moins de temps qu'en provenance d'Asie (jusqu'à trois semaines).

Avec la crise du Coronavirus, beaucoup d'entreprises réfléchissent à rapatrier leur production. Des dispositions de financement français et européens viennent en aide au secteur textile en difficulté pour s'implanter sur le territoire et, ainsi, moins dépendre de pays à l'autre bout du globe.

Que choisir ?

L'Europe de l'Ouest, l'Amérique du Nord et le Japon ont de meilleures conditions de travail que les autres pays en général. Toutefois, dans le reste du monde, certains pays ou usines n'autorisent pas le travail des enfants, une rémunération trop basse et exigent des conditions de travail décentes. De même, des personnes précaires peuvent être exploitées dans les pays où la loi est stricte et l'Europe est loin d'en être préservée.

Par exemple, en juillet 2020, un député anglais a dénoncé des conditions d'esclavage pour 10 000 employés des ateliers textiles de Leicester qui aurait entrainé une augmentation des cas de COVID-19. Une enquête de Labour behind the Label, un groupe de défense des droits des travailleurs, a révélé qu'aucune mesure d'isolement des cas positifs ou de protection des employés n'a été mise en place en pleine crise sanitaire. Les employés sont souvent des personnes en situation de précarité ou des immigrés en situation irrégulière, payés entre 2 et 3€ de l'heure, loin du revenu minimum de près de 10€.

Mais il n'y a pas que l'Asie ou l'Europe pour fabriquer des vêtements. Certaines marques font fabriquer en Afrique ou en Amérique du Sud, à des prix plus ou moins élevés et de qualité plus ou moins bonne. À titre d'exemple, l'Éthiopie est en train de devenir le nouvel atelier textile du monde. Cela est dû à l'augmentation des salaires au Bangladesh et à la volonté des marques de fast-fashion de réduire toujours plus leurs coûts de production et de transport.

Aujourd'hui, le Made in China ou autres pays asiatiques est synonyme de mauvaise qualité. En réalité, la qualité dépend du temps passé à la production et de la quantité de matière disponible pour un vêtement. La fast-fashion oblige la fabrication rapide et à moindre coût, donc une qualité médiocre. La qualité d'un produit et les conditions de travail ne sont pas toujours meilleures en France qu'ailleurs.

La provenance d'un article et son prix ne garantissent pas sa qualité ou ses conditions de fabrication. Le choix d'un vêtement en fonction de son lieu de production ne dépend que des principes et des besoins des marques ou des consommateurs.

Sources :

LAPIERRE, Élodie. « Ces marques qui produisent en France et à l’étranger ». Marques de France. 21 juin 2020.

« Ecclo - La nouvelle marque de vêtement fabriqués en France ». Ecclo. Consulté le 5 mai 2021.

« Euratex présente sa stratégie pour l’avenir de l’industrie européenne du textile et de l’habillement ». Mode in textile. 29 juin 2020.

Stéphanie. « Fabriquer en Europe, c’est possible ! ». Made and more. 24 avril 2017. Consulté le 5 mai 2021.

« Faire produire en Chine vs. en France : quels enjeux pour quels impacts ? ». Angie be green. 29 avril 2020.

AFP. « A Leicester, le fléau de l’exploitation des petites mains du textile ». Fashion Network. 5 août 2020. Consulté le 5 mai 2021.

Nadia. « La production de vêtements en Europe est-elle nécessairement éthique ? ». Kernelle Paris. 25 avril 2021. Consulté le 5 mai 2021.

DABI-SCHWEBEL, Gabriel. « Le marketing du “Made in” France, China ou Germany ». 1min30. 23 juillet 2014.

Le Tatou. N’ACHETEZ SURTOUT PAS CES VÊTEMENTS ! Youtube. 25 octobre 2019.

« Made in France ou made in China? Les étiquettes d’origine des vêtements ». Made in France. 1 mars 2017. Consulté le 4 mai 2021.

DORMOY, Géraldine. « Mode: pourquoi il ne faut plus bouder le made in China ». L'Express. 8 février 2019.

BASSOT, Michel. « Quand le made in France est plus compétitif que le made in China ». Les Echos. 12 avril 2018.

AFP. « Royaume-Uni: près de 10.000 «esclaves» dans les ateliers textiles de Leicester ». Le Figaro. 13 juillet 2020. Consulté le 5 mai 2021.