Cycle de vie d’un vêtement

Vous êtes-vous déjà demandé comment sont fabriqués les vêtements que nous achetons ? Quel chemin ont-ils parcouru avant d’arriver entre vos mains ? Et que leur arrivera-t-il après ?

Cycle de vie d’un vêtement

L'industrie textile et de la mode est l'une des industries les plus polluantes au monde derrière le pétrole. Près de 100 milliards de vêtements sont vendus dans le monde chaque année. La fast-fashion et ses collections qui se renouvellent tous les mois voire toutes les deux semaines nous incitent à acheter toujours plus à des prix toujours plus bas. Dans le monde, des dizaines de millions de personnes travaillent dans le secteur de l'habillement.

Les matières premières

Je pourrais commencer par "Il était une fois, une plante...", mais ce serait mentir. Certes, le coton, le lin, le chanvre et le jute sont des plantes, mais 63% de nos vêtements sont composés de matières synthétiques ou artificielles telles le nylon, l'élasthanne, l'acrylique, la viscose ou le polyester. Le coton représente un quart de nos vêtements et toutes les autres matières dites naturelles (cuir, laine, soie, lin...), les 11% restants. À ce stade, toutes ces matières premières sont bien loin de n'avoir aucun impact sur l'environnement ou l'humain, même les plantes.

Le coton est une plante très fragile qui a besoin de beaucoup d'eau (environ 10 000 litres pour un kilo) et absorbe un quart de la production mondiale de pesticides. L'Inde produit 23% du coton mondial ce qui en fait le plus gros producteur, talonné par la Chine. Après la récolte, la fleur de coton est séparée de la tige et brassée pour enlever les feuilles et autres impuretés. Ensuite, l'égrenage sépare les graines des fleurs qui vont être nettoyées avec de grandes quantités d'eau. Elles sont compressés pour former des balles et acheminées dans les usines de filage.

Le jute est la deuxième fibre la plus utilisée au monde. Les premiers producteurs sont l'Inde (près de 2 millions de tonnes par an) et le Bangladesh (plus d'1,3 million de tonnes par an) pour leur climat chaud et humide. L'Inde consomme toute sa production dans ses emballages et le Bangladesh concentre 70% des exportations mondiales de jute. Sa culture est traditionnelle et entièrement manuelle. Cette matière est antistatique, résistante, isolante mais respirante et biodégradable. Elle est peu utilisée dans l'habillement car assez rêche au toucher. Après un "rouissage" (séchage, décomposition) de trois semaines, le jute est récolté et envoyé en filature.

Le lin et le chanvre sont deux plantes résistantes avec peu de besoin en eau et en pesticides. Le lin pousse principalement dans le Nord de la France (80% de la production mondiale), ainsi qu'en Belgique et aux Pays-Bas. Le chanvre est moins exigeant et pousse aussi bien au Canada qu'en Égypte. Ces matières sont résistantes, thermorégulatrices et hypoallergéniques. Elles ne sont pas aussi douces que du coton, mais reste agréable au toucher. Une fois à maturité, la plante est coupée et couchée pour "rouir" pendant plusieurs semaines. Cela permet aux fibres de se détacher. Les tiges sont ramassées et mises en balle pour être amenées à la filature.

Les produits animaux sont certainement les matières qui ont le pire impact. L'élevage des animaux requiert beaucoup d'eau, de nourriture, d'espaces (déforestation), de temps, mais aussi des médicaments et produit 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les conditions d'élevage sont parfois contestables : promiscuité, maltraitance, manque de nourriture...

Les moutons sont de grands producteurs de méthane, un gaz à effet de serre 28 fois plus polluant que le CO2. Leurs déjections polluent les sols et les eaux, détruisant les écosystèmes et accélérant l'érosion. L'Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud en sont les plus gros producteurs. La laine a besoin d'être nettoyé avec différentes substances toxiques. Certains éleveurs envoient leur laine en Asie pour ce processus avant de la faire filer.

Pour obtenir la laine d'un mouton, d'un alpaga ou d'une chèvre, il faut le tondre. Le lapin angora, lui, est peigné. Ces fibres animales présentent de nombreux avantages : elles sont légères, anallergiques, anti-statiques et isolent du chaud, du froid et de l'humidité.

La soie provient des vers de Bombyx du mûrier. Comme toutes les chenilles, il fabrique un cocon avec sa bave qui forme un fil. Ce fil peut atteindre une longueur de plus d'un kilomètre. Il est anallergique, thermorégulateur et résistant.

La viscose est obtenue à partir de cellulose de bois et de différents traitements chimiques. Le lyocell ou tencel est obtenu par le même procédé, mais qui se veut davantage eco-friendly. Il est obtenu à partir d'eucalyptus qui a besoin de peu d'eau pour pousser et d'un solvant non toxique recyclé.

Le polyester, le nylon (ou polyamide), l’élasthanne et l'acrylique sont des matières très présentes dans notre garde-robe. Ces fibres sont issues de la pétrochimie, donc polluantes et peu chères, c'est pour cela que nous les retrouvons dans des vêtements à bas prix. Elles ont des avantages introuvables dans les fibres naturelles comme l'élasticité, l'imperméabilité et leur faible capacité à contenir la chaleur ou le froid. Mais elles peuvent provoquer des réactions allergiques par la présence de multiples composés chimiques.

Du filage à l’acheteur

Dans les filatures, le lin et le chanvre ont besoin d'être broyés et nettoyés : c'est le teillage. Pour la soie, le cocon contenant le ver est plongé dans de l'eau bouillante pour libérer la fibre. On dévide ensuite le cocon pour obtenir le fil qui va subir le moulinage. Il s'agit d'assembler plusieurs fils de différents cocons en les tournant pour donner de la résistance au fil de soie.

Ensuite, toutes les fibres (végétales, animales et synthétiques) suivent le même processus. Elles sont nettoyées et cardées ou peignées pour former un ruban, à son tour étiré pour former un fil. Des substances lubrifiantes peuvent être ajoutées pour faciliter le passage du peigne. Le fil est ensuite bobiné et peut être enduit de graisses ou de divers produits pour augmenter sa résistance, sa brillance ou sa douceur. Vient ensuite l'étape du tissage. Les fils sont croisés de manière plus ou moins serrée sur un métier à tisser suivant les caractéristiques souhaitées, notamment de rigidité, pour le tissu final. Le tissu est de nouveau lavé ce qui le débarrasse des résidus de substances nocives non biodégradables. Ces eaux usées ne sont pas toujours traitées avant d'être rejetées dans la nature. En Chine, 80% des nappes phréatiques sont impropres à la consommation, en partie à cause de l'industrie textile.

Une fois le tissu obtenu, il doit souvent passer par l'ennoblissement. Cette étape permet de le blanchir, de le teindre, de l'imperméabiliser... Cela demande l'usage d'un grand nombre de produits différents qui ne sont pas tous très bons pour la santé ou l'environnement. Le blanchiment est indispensable pour que la teinte soit homogène et plus rapide. L'eau de Javel est la solution la plus répandue chez les industriels pour cette étape. La teinture est certainement la phase la plus polluante. Des métaux lourds (mercure et plomb entre autres) sont utilisés pour les couleurs foncées ou vives et, de nos jours, quasiment tous les colorants sont synthétiques. Pour imperméabiliser ou rendre infroissable le tissu, des composés organiques volatiles sont utilisés. Ils sont cancérigènes et appliqués avec peu ou pas de protections.

Le tissu est enfin acheminé vers les usines de conception. Il est d'abord détendu et contrôlé avant d'être découpé. Un patron générique est fixé sur plusieurs épaisseurs de différents rouleaux de tissus qui sont découpées au laser la plupart du temps. Vient ensuite l'assemblage : les différentes parties du vêtement sont cousues à la main par des ouvrières affectées à une tâche spécifique. Des fiches d'assemblage propres à chaque modèle de chaque marque sont fournies et doivent être suivies à la lettre. Des machines sont parfois utilisées pour coudre les boutons par exemple. Les jeans subissent l'ajout de substances chimiques ou un sablage pour leur donner un aspect délavé ou usé. La projection de sable à haute vitesse lors du sablage dégage des poussières toxiques qui sont inhalées par des ouvriers peu ou pas protégés. À ce jour, cette pratique est interdite quasiment partout dans le monde.

Quatre millions de personnes (majoritairement des femmes) seraient employées dans les usines textiles du Bangladesh qui compte l'une des mains d’œuvre les moins chères au monde. Elles travaillent aux alentours de 12 heures par jour pour gagner moins d'un dollar de l'heure. Les marques de vêtements à bas prix ont partiellement délaissé la Chine, car le salaire moyen y a triplé entre 2005 et 2015, donc les coûts de production étaient beaucoup plus élevés. Aujourd'hui, certaines enseignes font fabriquer leurs produits en Éthiopie où les ouvriers sont payés 16 centimes de l'heure.

Toutes ces étapes de production n'ont pas lieu dans le même pays. Le champ peut se trouver en Inde, le filage peut être fait en Espagne, le tissage au Chili, l'ennoblissement en Indonésie et la conception au Pakistan. Ce sont souvent les coûts qui déterminent la zone de production de chaque étape. Par exemple, un jean peut parcourir jusqu'à 65 000 km avant d'arriver en magasin, soit quatre fois le tour de la planète. Au cours du processus de fabrication, des détachants chimiques peuvent être utilisés pour enlever les imperfections. Les produits présentant des défauts, les fins de rouleaux et chutes de tissu sont jetés pour être incinéré ou enfouis, créant des déchets avant même la livraison au client.

Les vêtements sont repassés et emballés (dans des protections plastiques la plupart du temps) avant de partir pour leur dernier grand voyage. Le transport se fait beaucoup par bateau, mais l'avion, plus rapide, est préféré quand l'entreprise cliente en a les moyens. Les produits sont expédiés vers des centres de distribution avant d'être livrés par camion, en magasin ou chez vous.

Une fois en magasin, ils sont disposés dans les rayons suivant l'intérêt qu'ils peuvent susciter. Les collections sont renouvelées toutes les deux semaines en moyenne, voire moins pour les plus grandes marques de fast-fashion. Comme les coûts de production sont réduits, les enseignes peuvent se faire des marges conséquentes et afficher des promotions extraordinaires pour écouler les invendus et éviter de les détruire ou de les donner.

De l’entretien à la fin de vie

Même une fois entre nos mains, les vêtements sont loin d'avoir fini de polluer. À chaque lavage, les matières synthétiques relâchent des micro-particules de plastique qui ne sont pas filtrées par les stations d'épuration. L'équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastique finissent au fond des océans chaque année. Les autres textiles relâchent des résidus de teintures et de tous les produits employés lors de la conception aussi bien au lavage que lorsqu'on les porte. Pour faire durer nos vêtements, il est important de ne pas les laver ou les repasser trop souvent et de bien respecter les indications données par l'étiquette.

En 2019, un t-shirt avait une durée de vie moyenne de 35 jours. Le renouvellement perpétuel des collections nous donne envie d'autres styles, d'autres formes, d'autres couleurs. Alors, nous faisons de la place dans le placard pour acheter d'autres vêtements qui, à leur tour, seront remplacés le moment venu. En Europe, nous nous débarrassons chaque année de quatre millions de tonnes de textiles. 80% est jeté et sera incinéré ou enfoui. Les 20% restants sont vendus, donnés, réutilisés ou recyclés, mais leur qualité médiocre nous empêche de les garder longtemps.

Si vous ne souhaitez pas jeter vos vêtements, vous pouvez toujours les vendre, les donner ou les échanger. Des entreprises collectent des vêtements ou matières précises pour les recycler (chaussettes, tenues professionnelles...). Vous pouvez également les déposer auprès d'associations ou dans des bornes de collecte. Ils seront incinérés, valorisés, recyclés, réparés, revendus ou envoyés dans des pays pauvres (souvent en Afrique) pour avoir une deuxième vie. Mais dans ces pays aussi viendra la question de la fin de vie et les moyens de traitement et de recyclage sont bien plus limités. Les vêtements seront finalement enfouis ou détruits.

Au total, l'industrie de la mode produit 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre. De plus en plus, les marques tentent de réduire leur empreinte carbone par des actions de compensation (reboisement, reversement à des associations...). Elles n'empêchent pas la pollution lors de la fabrication, mais visent à l'annuler par un équivalent à ces émissions.

Pour limiter cet impact à votre échelle, privilégiez l'achat de vêtements recyclés, labellisés ou d'occasion, ainsi que des matières qui respectent la planète comme le bio, le lin ou le chanvre. Pour vous aider, ViJi vous apporte les informations dont vous avez besoin pour faire le bon choix. Pour les conserver plus longtemps, ne les laver que si c'est nécessaire, à 30°C et éviter le sèche linge qui abîme les fibres. Préférez des lessives labellisées et évitez les adoucissants. Il existe beaucoup de conseils et astuces sur Internet pour détacher et réparer nos vêtements. Quand vous n'en avez plus l'utilité, réutilisez, upcyclez, donnez ou vendez pour éviter l'achat et ainsi la production.



Rédaction : Eugény MICHAUD


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Sources :

Pedrola, Lucie. « Comment c’est fait, un t-shirt à 19,95€ ? ». SloWeAre. 9 mai 2017.

« Le pull en laine, ou le vêtement le plus polluant de votre garde-robe ». POSITIVR. 29 octobre 2020.

Solène. Sawsane. « De la graine au vêtement [1/2] ». WeDressFair. Consulté le 12 mai 2021.

Solène. Sawsane. « De la graine au vêtement [2/2] ». WeDressFair. Consulté le 18 mai 2021.

DAIRON, Arnaud. « Fibres et tissus synthétiques ». Les Optimistes. 2 août 2019.

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PETIT, Renaud. « Le denim : quel est l’impact social & environnemental de nos jeans ? ». The Good Goods. 1 janvier 2021.

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Le Tatou. « N’ACHETEZ SURTOUT PAS CES VÊTEMENTS ! » YouTube. 2019.

« Le teillage du lin, un savoir-faire technique ». Le lin côté nature. Consulté le 14 mai 2021.

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« Toile de JUTE le guide Ultime - Tout savoir sur la toile de Jute ». Tissushop. Consulté le 14 mai 2021.

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